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LA POLONAISE QUI A MIS KO LES OBSTACLES POUR GAGNER L’OR AUX JEUX EUROPÉENS

 11 juillet 2019

Quinze ans après avoir été couronnée championne d’Europe aux championnats d’Europe féminins amateurs de 2005, la Polonaise Karolina Koszewska (née Łukasik) est remontée sur le podium le mois dernier aux Jeux Européens de Minsk 2019.

Karolina, 37 ans, mère de deux enfants, a battu l’Italienne Assunta Canfora 4-1 lors de la finale féminine poids plume – 69kg ajoutant ainsi la gloire des Jeux Européens à l’or  remporté à Tønsberg (Norvège 2005), à l’argent de Pécs (Hongrie 2003) et au bronze de Riccione (Italie 2004).

Professionnellement, KK a été autrefois championne du monde WIBF, GBU et WBC, et  revendiqué le titre WBA à titre provisoire.

Au lendemain de sa victoire aux Jeux Européens, le Comité olympique polonais a rencontré Karolina Koszewska et l’a inteviewée sur ses impressions  en tant que reine du continent, les obstacles qu’elle avait  du surmonter pour en arriver là et son éventuelle participation aux Jeux olympiques de Tokyo 2020.

 Q: Parlez-nous de tous les rebondissements de votre carrière sportive.  La route a été longue et complexe!

A: Je viens d’une famille très sportive avec une tradition dans la boxe.  Mon père était boxeur, ainsi que mon grand frère qui avait réussi dans les catégories juniors.  J’ai commencé mon aventure avec le kickboxing, en remportant le titre de championne de Pologne et deux fois celui de championne du monde.

Quand la boxe féminine a débuté en Pologne, je me suis aussitôt inscrite.  J’ai participé à la première compétition, j’ai gagné et j’ai pensé que c’était vraiment le sport pour moi.  De 2001 à 2005, j’ai boxé au niveau amateur (olympique), puis je suis passée professionnelle jusqu’en 2008, mais j’ai arrêté parce que j’étais enceinte.

En 2015, j’ai décidé de retourner sur le ring après ma pause maternité et j’ai fait deux combats.  Mais le financement insuffisant et le manque d’intérêt pour les combats me décourageaient.  Pour subsister j’ai commencé à former des boxeurs amateurs.

Heureusement, en raison de modifications de la réglementation survenues en 2017, j’ai pu retourner à la boxe olympique.  Avant, si une concurrente combattait de manière professionnelle, elle ne pouvait plus retourner aux combats amateurs olympiques.  Deux athlètes ont profité de cette occasion en Pologne, dont moi-même.

 Q: Qu’est-ce que cela signifiait pour vous participer aux Jeux Européens?  Quel résultat attendiez-vous?

R: Lorsque j’ai décidé de retourner sur le ring amateur il y a deux ans et demi, je rêvais d’aller aux Jeux Olympiques.  Je pensais que cette route serait beaucoup plus facile [qu’elle ne l’est en fait], mais je crois encore que je peux le faire.  J’aime beaucoup m’entraîner, j’aime les voyages, les camps sportifs et les combats.  Je pensais que les Jeux Européens m’auraient offert un avant-goût [des Jeux Olympiques], mais à Minsk je n’avais aucune performance particulière en tête.

 Q: Votre présence à Minsk a toutefois été soudainement mise en doute…

R: Ma mère a lutté contre le cancer pendant de nombreuses années et, dans les mois qui ont précédé les Jeux Européens, elle était très faible, ce qui nous a en quelque sorte préparés au pire.

Ma mère est décédée juste avant la date prévue pour mon départ pour les Jeux Européens.  J’étais à son chevet, nous nous sommes dit au revoir.  Je devais prendre une décision très difficile: rester pour son enterrement ou partir pour combattre à Minsk.  Ma mère m’a beaucoup aidé tout au long de ma préparation aux Jeux Européens – elle m’a beaucoup soutenu.  Elle voulait que je vive la magie de ces jeux.  C’est pourquoi je veux lui dédier cette médaille.

Pour la première fois, j’ai vu quelqu’un mourir après avoir donné naissance à mes deux enfants.  La cercle de la vie est bouclé pour moi.  Cela m’a beaucoup fortifié.  Quand je suis entrée dans le ring à Minsk, je pensais que ce n’était qu’un combat, que c’était facile, et j’ai gagné.  Je sais que ma mère aurait été très contente de cette médaille d’or, c’est pourquoi je veux la lui donner.  La médaille sera transformée en souvenir avec l’inscription «Pour toi maman».

 Q: Quels sont vos projets pour le proche avenir ?

A: Un autre camp de sport.  Je ne veux pas penser plus loin, je vis de tournoi en tournoi.  Je ne sais pas ce qui va se passer avec mes enfants maintenant, car ma mère a toujours été avec eux pendant que je m’entraînais.  Ils devront rester avec moi dans les prochains camps.  Mais j’ai repris  l’idée d’aller aux Jeux Olympiques de l’année prochaine à Tokyo.  J’aimerais pouvoir me qualifier.

 (Crédit photo: Szymon Sikora / CNO Pologne)