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PAS DE NOUVELLES, BONNES NOUVELLES POUR LES CYCLISTES AUTRICHIENS EN ROUTE VERS TOKYO 

16 mars 2021

Les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 ayant été déjà reportés d’un an, les spéculations quant à savoir s’ils auront bien lieu cet été sont désormais la dernière triste distraction des athlètes qui se préparent à apparaître sur la plus grande scène du monde.

C’est pourquoi les cyclistes sur piste autrichiens Andreas Graf et Andreas Müller, qualifiés pour Tokyo 2020 en mars dernier, évitent soigneusement toutes les nouvelles qui concernent les  JO.

«Lorsque vous êtes un athlète, vous n’avez pas d’énergie à gaspiller pour vous demander si oui ou non il y aura les Jeux olympiques.  Il vaut mieux se concentrer sur la formation », a déclaré Andreas Graf, ajoutant que lui et Andreas Müller avaient décidé déjà en septembre dernier d’ignorer tous les  médias .

«Nous sommes tous les deux arrivés à la conclusion que nous n’allions plus écouter les nouvelles, qu’elles soient issues des journaux ou du CIO.  Nous nous concentrons sur les Jeux Olympiques, c’est tout. Ils sont exactement aux mêmes dates, seulement un an plus tard », poursuit-il.  « Le 7 août 2021, ce sera notre jour,  celui où nous devons faire de notre mieux et être dans notre meilleure forme. »

Coéquipiers depuis 2008, les deux Andreas ont eu l’opportunité de participer aux Jeux Olympiques un peu par hasard.  En effet Graf et Müller participent à l’épreuve d’endurance connue sous le nom de Madison – épreuve qui a été retirée du programme sportif des Jeux Olympiques après Beijing 2008 et qui n’a été réintégrée qu’en 2017, avec pour la première fois une course pour les femmes de 30 km aux côtés de la course masculine de 50 km.

Garder le silence et se concentrer sur la tâche à accomplir, tel est un plan d’action, d’autant plus comprehensible que Graff et Müller ont aujourd’hui respectivement 35 et 41 ans.  Leur  première apparition aux Jeux Olympiques est susceptible d’être aussi la dernière, avec Müller devenu entraîneur de l’équipe nationale autrichienne il y a trois ans, et qui envisageait un rythme de vie plus tranquille après Tokyo 2020.

«Je ne suis plus un athlète tout jeune», dit Müller en riant.  «Je me préparais déjà, non pas à me retirer, mais juste à me détendre davantage, faire quelques belles courses sans trop de stress.  J’étais satisfait de ce plan.

«Et puis il y a eu l’annonce que [le Madison] retournait au programme olympique.  Il m’a fallu quelques semaines pour me décider.  Tout le monde veut aller aux Jeux olympiques, mais au final, c’est beaucoup de travail.  Finalement, nous avons décidé: « Oui, allons-y. » Et je suis plus que ravi à la fin de cette décision.  »

Le processus de qualification pour Tokyo 2020 s’est étalé sur deux ans, le duo ayant pu réserver sa place aux JO seulement lors de la dernière course de qualification au printemps dernier à Berlin.

Après avoir attendu près de quatre décennies pour se qualifier pour leurs premiers Jeux Olympiques, le duo a ensuite été frappé par l’information la plus inattendue lorsque Tokyo 2020 a été reporté d’un an en raison de la pandémie.  Comme les athlètes du monde entier, Graf et Müller ont dû rapidement modifier de manière importante leur programme d’entraînement, ce qui a nécessité une bonne dose d’ingéniosité.

L’un des ajustements les plus importants a concerné le manque soudain d’options de formation.  Avec autant de restrictions de voyage, la possibilité pour les cyclistes autrichiens d’aller vers des climats plus chauds et plus secs n’a pu être prise en ligne de compte, en permettant  juste des entraînement en salle.

«Pendant l’hiver en Autriche, nous avons des températures très froides et de la neige partout», dit Graf.  «Pendant longtemps, nous n’avons pas eu le droit de voyager vers le sud pour nous entraîner, alors nous avons dû changer notre entraînement en eSport.  Nous faisons maintenant du sport en salle.  Nous nous sommes entraînés seuls presque pendant trois mois.  Et cela fait une énorme différence, surtout au mental, car s’entraîner seul, ce n’est pas la même chose que  s’entraîner avec votre partenaire. C’est beaucoup plus difficile de maintenir le niveau de l’élite mondiale.  »

Avant la pandémie, une expérience dont les deux coureurs disent avoir beaucoup profité, a été de participer aux Jeux européens de Minsk 2019, où ils ont remporté le bronze à la Madison.

«C’était vraiment, vraiment cool, c’étaient de mini-Jeux olympiques avec un grand village des athlètes», dit Müller à propos de l’atmosphère des Jeux européens.  «Et on a vraiment ressenti l’esprit olympique,  car dans la plupart des événements cyclistes – et bien d’autres grands événements sportifs – vous ne voyez que votre sport, donc vous ne voyez pas de volley-ball, vous ne voyez pas d’athlétisme, etc.  Les JE ont été un grand moment de rencontre pour tout le monde, tous les sportifs et toutes les sportives.

Pour Adreas Graf ce fut aussi une excellente occasion d’affiner leur tactique pour Tokyo: «Les Jeux européens ont été une bonne occasion pour nous d’essayer quelque chose de nouveau en vue d’un grand événement, car les dates étaient presque les mêmes que les Jeux olympiques.  Nous avons donc essayé de tout préparer comme nous voulions le faire pour Tokyo.  Et oui, avec la médaille, nous avons vu que nous allions dans le bon sens.  Tout a fonctionné comme nous le voulions et maintenant nous savons ce que nous devons faire pour Tokyo.

Pour l’avenir, Graf et Müller ne se font aucune illusion de devenir des champions olympiques cet été.  Mais si tout se passe bien, une place dans le top cinq (peut-être même sur le podium) n’est pas entièrement à exclure.

« Nous nous attendons à y aller au mieux de notre forme », dit Graf, qui cite la longévité et la familiarité de travailler avec Müller comme la plus grande force du couple.  «Notre objectif est d’atteindre le top cinq, et si nous aurons la journée et les conditions parfaites, c’est un objectif réaliste.»

Pour mémoire, les deux Andreas sont tous deux optimistes: les Jeux auront lieu cet été sous une forme ou une autre.  Müller, pour sa part, pense que le monde a autant besoin des Jeux Olympiques que les athlètes.

«Ce sera une très bonne chose pour le monde entier.  Pour alléger l’ambiance et apporter une perspective optimiste pour l’avenir », commente Müller.  «Le sport a toujours été une sorte de motivation, il ne s’agit pas seulement de rouler plus vite, de courir plus vite ou de sauter plus haut.  Il s’agit aussi d’obtenir une bonne récompense spirituelle. Je crois que ce sera l’objet de ces Jeux et je pense que c’est une très bonne chose. »

Il ajoute que les restrictions liées au coronavirus seront sans doute toujours en place cet été, ce qui signifie que les gens auront plus de temps libre pour suivre l’action, que ce soit à la télévision ou en ligne, en offrant ainsi une excellente opportunité pour découvrir la magie de l’esprit olympique.

«À mon avis, c’est une grande chance pour nous, pour le sport, pour le CIO – cette fois-ci ce seront des Jeux Olympiques spéciaux», dit-il.  «Nous avons touso besoin de bonnes nouvelles.»